Homélie pour les enfants martyrs

Dimanche 8 août 2021
Fête de Saint Just et Saint Pasteur, enfants martyrs
Prédication du Père Marcel Baurier
Basilique Saint Just

(Valcabrère – Haute-Garonne)

Just, 7 ans, et son frère Pasteur, 9 ans, sont deux enfants martyrisés en l’an 304 à Alcalà de Henares (à proximité de Madrid en Espagne). Sous Publius Dacianus, en français Dacien, en espagnol Daciano, proconsul romain, représentant dans la péninsule Ibérique et en Aquitaine l’empereur Dioclétien, la persécution a été violente et cruelle depuis les Pyrénées jusqu’au sud de l’Espagne laissant un bain de sang chrétien. Just et Pasteur sont deux enfants très courageux de 7 et 9 ans qui ont accepté de mourir au nom de leur foi.  Ils ont été décapités. Ces deux enfants martyrs sont très populaires en Espagne. Ils sont les Saints Patrons d’Alcalà de Henares et de l’Archidiocèse de Madrid.  Dès le IVème siècle, ils deviendront également les Saints protecteurs du diocèse nouvellement créé à Barcelone. Les reliques des deux petits saints ont été apportées à la basilique Saint Just à Valcabrère par l’évêque Abraham de Narbonne et ont été placées dans un sarcophage en 1200, l’année où l’autel a été consacré et dédié à un autre martyr, Saint Etienne, diacre choisi par les apôtres pour les seconder. Saints Just et Pasteur sont fêtés le 7 août.

Comment est-il possible qu’on puisse, après les avoir torturés, tuer des gosses de 7 à 10 ans ? Car c’est probablement, plus ou moins, l’âge des deux petits saints que nous célébrons aujourd’hui, morts martyrs en Castille lors des persécutions contre les chrétiens au 3° siècle.

C’est cette interrogation qui m’habitait aussi en lisant le passage du second livre des martyrs d’Israël, qu’on appelait dans nos vieilles bibles : le livre des Maccabées, le nom d’une grande famille en Israël qui a mené la révolte contre les rois grecs, descendants des compagnons d’Alexandre qui se partagèrent ses conquêtes après sa mort.

Ce n’est pas possible qu’on puisse faire cela… et pourtant cela arrive… et même de nos jours. C’est pourquoi, je vous propose tout d’abord une intention de prière pour tous les enfants victimes de sévices divers et même de mort : enfance abandonnée, souffrances de la faim et de la malnutrition, exploitation au travail et prostitution, assassinats et morts dans les guerres et sous les bombardements…

A Jérusalem au 2° siècle av J.C sévit la folie meurtrière du roi Antiochus, qui fait le projet d’éradiquer la foi juive et toutes les coutumes de ce peuple pour imposer la culture et la civilisation grecque. Les sept frères, et leur maman, sont des victimes de cette persécution. Ils avaient foi en l’amour de Dieu et en la résurrection à venir. Ils pouvaient, tout comme nous l’avons fait, chanter le psaume et son refrain : « Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. » 

Just et Pasteur, en Castille, sont des victimes de la persécution de Dioclétien au 3° siècle ap. J.C. Malgré leur jeune âge et avec l’aide de la grâce, ils sont restés fidèles à leur foi. Avec leur conscience, leur maturité et leur foi d’enfants, ils avaient compris, sûrement à leur manière, ce que Saint Paul écrit aux Romains : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n’a pas refusé son propre fils… » ou bien ce que dit Jésus à Nicodème dans l’évangile de Jean : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique… Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ! » Ces deux jeunes enfants avaient la conviction qu’ils étaient aimés de Dieu. 

« Que dire de plus ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »
(Rm 8, 31b-39)

Just et Pasteur avaient aussi, tout comme les sept frères martyrs, la foi et l’espérance, non seulement en l’amour de Dieu, mais encore en la résurrection… Car comme l’écrit l’apôtre Paul : « Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre des hommes. » Ce n’est que si notre foi est aussi profonde que celle de ces enfants que nous pouvons comprendre la finale de la proclamation de Paul, que je relis : « Oui, en tout cela, nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la vie ni la mort, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre Seigneur. »

« Laissez les enfants venir à moi »
(Mc 10, 13-16)

Accueillons l’évangile. Dans notre société, et ce n’est pas nouveau, les adultes regardent, avec une certaine condescendance, les enfants qui vivent leur foi dans la fraicheur… et pour beaucoup de ces adultes la foi serait affaire d’enfant ou même serait infantile… A l’inverse les disciples pensaient, que les enfants n’avaient rien à faire avec leur maître. Prenons au sérieux, comme Jésus l’a fait, le désir des enfants de le rencontrer et l’authenticité de leur foi. Quant à nous les adultes, avec l’âge, l’expérience, les épreuves et les joies de nos vies, notre foi a évolué et s’est approfondie pour être en conformité avec ce que nous sommes devenus.

Et cependant, Jésus, nous demande de ressembler aux enfants pour entrer dans le Royaume. Qu’aurions-nous donc à imiter dans ce que vivent les enfants ? Peut-être tout simplement leur ouverture à l’autre, car l’enfant ne peut pas vivre et grandir seul. Il a absolument besoin des autres et ne peut pas se suffire à lui-même. Cette interdépendance à autrui, à l’autre, est un élément constitutif de la foi chrétienne : le besoin de l’autre, de Jésus-Christ et des autres, les sœurs et les frères que Dieu met sur ma route pour vivre et pour qu’ensemble nous construisions le corps du Christ !

Marcel Baurier


Hymne mariale

Ô Mère de tendresse (VX74). Ensemble vocal Capella Sylvanensis © ADF Studio SM.
(Voir les paroles)

Photos du haut vers le bas : Vue d’ensemble, Vierge Marie, maître-autel, portail principal et cimetière de l’église romane Saint Just de Valcabrère (Haute-Garonne). Père Marcel Baurier, Recteur de la cathédrale Sainte Marie de Saint-Bertrand de Comminges (Haute-Garonne) .
La basilique Saint Just de Valcabrère (XIIe siècle), voisine de la cathédrale Sainte Marie (XIe-XIVe siècle), témoigne des origines antiques du christianisme en Comminges, selon des vestiges de culte et de nécropole datant des IVe et Ve siècles de notre ère. Elle est bâtie sur un plan à trois nefs commun à l’époque romane. Son originalité réside dans le remploi systématique de pierres et décors remontant à l’Antiquité. Dédiée aux jeunes martyrs espagnols de la persécution de Dioclétien (305), Just et Pasteur représentés au portail principal, la basilique porte dès ses origines la marque d’un culte des reliques très développé. (Source : diocèse de Toulouse)

Le Père Marcel Baurier, né en 1937, a été ordonné prêtre en juin 1964. Curé à Toulouse pendant quarante ans, il a été très jeune membre du Conseil épiscopal de l’Archidiocèse de Toulouse, secrétaire général du synode et vicaire épiscopal responsable de l’agglomération toulousaine. Ancien président de la radio chrétienne régionale, Radio Présence, de 1989 à 2009, il continue de nos jours certaines semaines à présenter des homélies à la radio. Il est Recteur de la cathédrale Sainte Marie à St-Bertrand de Comminges (Haute-Garonne) depuis septembre 2009, où il accueille les pèlerins dans ce haut lieu nommé « Sanctuaire du Comminges » sur le chemin de St-Jacques de Compostelle.


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