Louer Bénir Prêcher

Prédication du Frère Eric de Clermont-Tonnerre, op
pour les premiers engagements dans les fraternités laïques dominicaines
de Nada M.H., Maria M., Maryam S. et David
Fête de saint André, apôtre
Strasbourg – Samedi 30 novembre 2019

Romains 10, 9-18 ; Psaume 18, 2-3.4-5ab ; Matthieu 4, 18-22

C’est un grand jour. Et c’est heureux que nous soyons rassemblés en la fête d’un des premiers disciples, un des apôtres : André. Vous le savez, en effet, Dominique a voulu adopter pour ses frères et ses sœurs, la vie et la mission des apôtres. Vous pouvez donc immédiatement vous couler sous les vêtements des disciples et des apôtres. C’est pour vous, et pour nous que ces mots sont lancés : « Jésus vit deux frères ». Il leur dit : « Venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d’hommes. » « Aussitôt, laissant leurs filets ils le suivirent. »

« Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent »

Mais qu’est-ce qui pourrait bien expliquer cette rapidité, voire cette immédiateté à suivre Jésus ? « Aussitôt ils le suivirent… », laissant leurs maisons, leurs familles, leur métier. Les membres du groupe fraternel sainte Catherine de Sienne dont vous faites partie ont déjà donné sur ce plan : ils ont tout laissé et ils sont loin de leurs pays, de leurs familles, de leurs proches ou d’un proche, de leurs métiers : venus d’Irak, de Syrie, d’Italie, des Etats Unis, ils ont découvert la force et le soutien de la famille des disciples du Christ, les baptisés. Ils ont appris à connaître aussi la famille dominicaine ! Mais je reprends la question : pour les premiers disciples, qu’est-ce qui peut expliquer cette rapidité à suivre cet inconnu ?

C’est, je pense l’autorité de Jésus, l’autorité de sa personnalité et de sa parole : il sait ce qu’il veut, il dit ce qu’il pense, il fait ce qu’il dit. C’est pourquoi il est possible de s’appuyer sur lui. Il est solide. Un engagement comme le vôtre aujourd’hui doit être revêtu de cette autorité, de cette force, de cette assurance du Christ, même si c’est avec crainte, avec humilité, pourtant avec confiance en Dieu et en vos frères et sœurs que vous allez dire : « je promets ».

« Il en choisit douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher… »

Nous sommes tout au début de l’Evangile selon saint Matthieu. Dès le début de son ministère, Jésus associe des disciples à sa vie et à sa mission : il va les envoyer prêcher ce qu’il prêche lui-même : la Bonne Nouvelle du Royaume. Pas seulement des disciples, mais apôtres ! Et l’évangéliste Marc (Mc 3, 14) va préciser ce qu’est un apôtre : « Il en choisit douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher… »

Voici donc le contenu de votre engagement aujourd’hui, Nada, David, Maria et Maryam :

– Etre ensemble, en fraternité, comme des frères et des sœurs, rassemblés par le maître, autour de lui.
– Demeurer avec lui, être à son écoute, par la prière et par l’étude de la Parole de Dieu.

Une fraternité laïque dominicaine est une communion d’amour et d’amitié, de prière et d’étude, respectueuse de la personnalité, de la vie, de la mission de chacune et de chacun.

Mais nous sommes appelés non pas pour rester avec lui dans le confort chaleureux d’un groupe, d’une communauté, d’un club, aussi fraternel soit-il, mais pour être de plus en plus capable de remplir la mission qu’il nous confie.

« La foi naît de ce que l’on entend ; et ce que l’on entend, c’est la parole du Christ »

Comme baptisés en Eglise vous êtes appelés et envoyés pour témoigner des merveilles de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.

Comme dominicains et dominicaines laïcs, vous êtes invités à vous mettre plus sérieusement à l’écoute du Maître, à l’écoute de sa Parole – comme nous l’avons fait ensemble avec l’Evangile de Marc, puis avec les Actes des Apôtres – et ce pour participer avec les frères et les sœurs de l’Ordre de saint Dominique à la tâche ecclésiale de la prédication.

Dans la première lecture, l’apôtre Paul insiste sur cette tâche de la prédication : elle est indispensable pour amener à la foi, pour structurer celle-ci et l’ajuster à la vérité du mystère de Dieu. « La foi, dit-il, naît de ce que l’on entend et ce que l’on entend c’est la parole du Christ ». Alors Paul pose la question : « Comment invoquer le nom du Seigneur si on n’a pas mis sa foi en lui ? Comment mettre sa foi en lui si on ne l’a pas entendu ? Comment entendre si personne ne proclame ? Comment proclamer sans être envoyé ? »

Une des devises de notre Ordre est : « louer, bénir, prêcher ». Voilà désormais votre tâche :
– Louez le Seigneur tous les jours, par la prière silencieuse, le chant des psaumes, la liturgie des heures, la célébration de la messe ; louez-le pour ses merveilles pour la lumière et la force qu’il vous donne, pour la fraternité et la joie qui vous sont offertes ;
– Bénissez le Seigneur et bénissez vos proches… bénissez le prochain, bénissez ceux avec lesquels vous vivez et vous travaillez professionnellement et en Eglise ; pensez le bien, faites le bien, dites du bien ;
– Prêchez : ne cessez pas d’apprendre à mieux dire votre foi, à ne pas vous contenter de ce que vous croyez être juste ; la foi en Jésus Christ, mort et ressuscité pour nous, ne peut être prêchée de manière approximative ; mettez-vous au travail pour être, dans vos existences de laïcs – familiales, professionnelles, relationnelles – des prêcheurs.

Louer, Bénir, Prêcher 

Pour louer, bénir et prêcher – devise officielle de l’Ordre – il est nécessaire d’écouter… d’aimer… et de témoigner…
– Ecouter longuement notre Dieu, le Christ et les autres, et non pas d’abord parler, enseigner, prendre position, car, à trop nous précipiter, nous risquons de jouer les maîtres de juger les autres ;
– Aimer, déchirer son cœur, le rendre tendre et fort à la fois, de la tendresse et de la force de la miséricorde, et de saint Dominique ;
– Témoigner, mais non pas de soi-même : ce n’est pas nous que nous prêchons, mais le Christ, non pas de ce que le Seigneur fait dans ma vie que nous témoignons, mais de ce que le Seigneur accomplit dans la vie des autres.

Peut-être pourrions-nous terminer par une note musicale dans la ligne du grand saint Augustin. Dans un sermon pour Pâques, il invitait les chrétiens à marcher et à chanter ! A marcher, car la vie est difficile ; à chanter, car la vie est belle, puisque Dieu y habite.

Frère Eric de Clermont-Tonnerre, op





Le Frère Eric de Clermont-Tonnerre, religieux de l’Ordre des Prêcheurs (op) dominicains, a été maître des novices puis prieur provincial de la Province de France des dominicains. Il enseigne dans divers cadres de formation religieuse la théologie du laïcat, la théologie spirituelle et la mystique. Cofondateur de l’Ecole de la prédication pour les laïcs, il donne aussi des cours et des sessions d’homilétique pour les séminaristes, les prêtres et les diacres. A la lumière de la promesse « Vous connaîtrez l’amour du Christ » (Ephésiens 3, 19), il a énoncé sa conviction dans son dernier livre « Fierté de l’Espérance » (Salvator 2020).


Crédit Photos : Epheta Editions

Liens vers les textes bibliques avec l’autorisation d’AELF © 2021.


Voir aussi l’article de Gilles Cappe, laïc op, « Avançons au large et jetons les filets ».

 


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